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LE PRINCE MAUDIT: AETERNUM
LE PRINCE MAUDIT: AETERNUM
Auteur: Catherine BEAUGRAND

Prologue

 

 « Il est des blessures immortelles, celles du cœur, on n'en peut ni guérir, ni mourir ».

Adolphe d'Houdetot, Dix épines pour une fleur (1853).

Prologue

Bourbon l’Archambault, an de grâce 1115…

— Sire Aymon, il est temps de saisir l’héritage d’Archambault, celui-ci est une menace pour vous et votre famille !

— Certes, Gaspard, tu as fort raison ! Mais sa mère s’est remariée au puissant seigneur de la Roche, il m’a déjà cherché querelle, il y a quelques années.

 — Justement, nous avons appris la mort du seigneur de Culant, hier ! Le pupille n’a donc plus de Protecteur !

— Ah oui ? Dans ces conditions, cela change tout !

— Il faut en profiter maintenant, il est vulnérable, nous l’avons fait suivre et nous avons découvert qu’il s’est épris d’une jeune paysanne du village !

— Cet acte peut causer sa perte, répandons la rumeur qu’elle est une sorcière et faisons-la brûler sur le bûcher ! Archambault sera anéanti et me cèdera ses terres et tous ses biens sans résistance ! souligna Aymon.

— Par sécurité, il faut le faire enfermer, c’est un très bon guerrier, Sire ! indiqua un conseiller de la cour.

 — Oui, j’ai ouï-dire qu’à Montluçon, il y a de très bons geôliers. Mais n’oublions pas les Protecteurs, ils sont nombreux et ne nous le cèderont pas sans combattre !

— Sire, ils sont moins nombreux désormais. Et puis nous ferons appel à la prêtresse de Tronçais pour jeter sur lui une malédiction intemporelle… Mettons toutes les chances de notre côté !

— Oui, allons-y, finissons-en avec ce jeune imbécile, cria Aymon tout en se dirigeant vers la sortie du souterrain.

Pendant ce temps dans les écuries du château de Bourbon l’Archambault.

— Mon amour, il faut que tu quittes le village pendant quelque temps, les Protecteurs m’ont averti, nous avons été épiés par des hommes de main de mon oncle Aymon. Ce dernier prépare quelque chose, il veut me déposséder de mes biens. Je dois régler cette affaire. J’ai prévenu ma mère, elle fera usage de toutes ses connaissances pour venir à mon secours.

— Arch ! Je ne peux pas vivre loin de toi, ce serait un déchirement pour mon cœur s’il t’arrivait malheur.

— Matilde, je le sais, moi aussi je ne peux demeurer loin de toi, mais c’est une question de vie ou de mort ! Si Aymon s’en prenait à ta vie, jamais je ne pourrais m’en remettre, mon âme n’y survivrait pas.

— Aymon va vouloir aussi se venger, j’ai refusé ses avances, dit-elle en sanglotant.

— Ne pleure pas ma douce, je te protègerai toujours…

Les deux jeunes amants s’enlacèrent tendrement.

Soudain, des gardes surgirent dans l’écurie. Aymon était avec eux, c’était un homme puissant aux larges épaules, brun à la barbe fournie, il portait une cotte en laine courte bleue, un long collier en or avec un pendentif orné d’un saphir et des hauts-de-chausse marron. Il jeta un regard noir sur Archambault :

— C’en est fini, tu ne reverras jamais ta bien-aimée, c’est une sorcière et les flammes l’attendent !

— Non, c’est faux et tu le sais ! Sors plutôt ton épée qu’on règle ça à la loyale !

— Assez, emmenez cette sorcière ! Elle a envoûté mon jeune pupille, son âme est maintenant corrompue, il a perdu l’esprit !

— Non, pitié, je vous en supplie ! hurla Matilde tout en se débattant violemment.

— Arrêtez, ce sont des mensonges ! Tu n’es qu’un pleutre, Aymon. Sale bâtard ! cria le jeune homme.

Archambault se débattait, fermement retenu par deux gardes qui empestaient la vinasse. Il regarda s’éloigner la jeune fille aux cheveux de jais et au regard d’émeraude. Il n’oublierait jamais ce visage marqué par le désespoir, ses cris le suppliant de faire quelque chose. Il était trop tard, ils étaient trop nombreux, il ne pourrait pas la sauver, pas cette fois.

Lorsqu’elle disparut derrière la porte, il poussa un cri de douleur puissant et féroce tel celui d’une bête sauvage.

Les siècles passèrent et l’histoire douloureuse d’Archambault VI tomba dans l’oubli.

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